mercredi 1 septembre 2010

Pardon Monsieur

Parce que vous aviez une tronche de premier de la classe jouant à la marelle chez John Rambo... Parce que vous, le titi parisien, aviez battu mon breton et champion préféré... Parce que vous ressembliez à Dick Annegarn échappé dans un peloton de furieux... Je ne vous aimez pas, Monsieur Fignon.
Aujourd'hui, je vous demande pardon. C'est peut être un peu tard mais depuis quelques mois, j'ai enfin compris qui vous étiez, un homme bien et intègre, fragile et ombrageux. Vos larmes sur le plateau de France 2 se sont mélangées aux gouttes de sueur d'une montée de l'Alpe d'Huez pour faire un cocktail plein d'humanité et de courage.
Il est des défaites qui ressemblent bigrement à des victoires. Je ne crois pas qu'il puisse y avoir de belle mort mais, comme vous l'avez déclaré récemment, vous avez eu une belle vie...

mardi 24 août 2010

Etat d'âme, état d'homme...

Presque un mois de silence, du soleil, un peu d'insouciance et d'hédonisme, suis-je devenu insensible au cours de cet été où la polémique, l'amalgame et les clichés ont été plus à la mode que le bikini ou la crème à bronzer ?
Tous les chemins de ma pensée mènent aux roms qui, écartelés entre un pays d'origine qui n'en veut plus et des pays d'accueil qui n'en peuvent plus, servent de valeur d'ajustement à des politiques migratoires et sécuritaires comme si le ballon de football dans lequel on frappe, était responsable des buts marqués.
Plongeant avec délectation dans les plus vieux stéréotypes qui ont constitué nos vieilles croyances populaires, nos politiques de tous bords s'écharpent pour savoir si la France est dans son bon droit en renvoyant vers la Roumanie ou la Bulgarie, des familles entières de roms, survivants dans des bidonvilles d'un autre temps.
J'avoue être un peu déboussolé, comme ces pauvres gens aux yeux hagards. D'un côté, le gouvernement de mon pays qui pointe du doigt une communauté, et de l'autre, des opposants qui utilisent des qualificatifs outranciers sans rapport avec les événements.
Messieurs les bateleurs d'estrade, je vous renvois tous dos à dos avec vos exagérations et vos surenchères. Un goût amer de cendres dans la bouche, je contemple le champ de ruine du débat démocratique.
Je n'admets pas d'entendre que nous sommes dans un état fasciste comme je ne présume pas que tous les roms sont des facteurs d'insécurité ou de danger. J'ai des états d'âme, des états d'homme parce que je veux encore croire en un Etat de droit où le respect de la loi et l'assistance aux plus faibles seraient les moteurs de notre exigence, sans stigmatisation ni angélisme.
Arrêtons de nous voiler la face... Nous ne pourrons pas régler seuls tous les problèmes sociaux de la planète mais nous ne pouvons pas non plus brader sur l'autel de la politique intérieure notre tradition d'accueil et de droits de l'homme. Notre pays vaut bien mieux que ces torrents de boue déversés à longueur de colonnes de journaux. Je n'aime pas l'image que nous donnons à tous ceux qui, loin de nos frontières, admirent la France mais je n'apprécie pas non plus qu'on viole impunément nos lois et nos règles de vie.
Apprenons à oublier notre avenir électoral pour mieux contempler notre présent sociétal. Le regard et l'attention que nous portons aujourd'hui à l'équilibre de notre société seront les ferments, demain, de notre communauté de vie en France et en Europe.

NDLR : L'illustration est le drapeau officiel de la nation Rom... La roue de la vie que d'autres appelèrent aussi svastika de triste mémoire. Il est des raccourcis...

dimanche 1 août 2010

El indulto

Toute une région espagnole, la Catalogne, agite le mouchoir orange de la grâce, "el indulto", et la corrida tremble sur ses bases ancestrales. Épilogue d'une mort annoncée ou simple péripétie dans une histoire troublée et controversée, je ne saurais le dire. J'observe simplement le triomphe sans grande modestie des adversaires de la tauromachie et, finalement, une certaine atonie voire résignation des aficionados de tous poils. La roue tourne même celle de l'arrastre trainant le cadavre encore vif de la corrida de toro...
Comment intervenir dans ce débat passionnel sans susciter sarcasmes, incompréhension ou critiques véhémentes ? Allez, je me jette... Je l'avoue sans forfanterie : j'ai aimé et j'aime toujours la corrida... Nonobstant, c'est finalement assez récent, juste une vingtaine d'année et ce, grâce à des amis languedociens qui ont su m'expliquer avec beaucoup de pédagogie et surtout beaucoup de sentiments ce qu'étaient une après-midi dans l'arène, une faena et un toro de combat.
Adorant les animaux, ayant vécu dans une ferme, je ne m'explique toujours pas mon intérêt qui fut grandissant pour ce que d'aucuns décrivent comme une boucherie ou une torture. Serait-ce une fascination morbide pour cette danse macabre avec la mort entre un homme, si petit, parfois si ridicule, et une bête, noire, majestueuse et si brave au combat ? Aurais-je du sang de minotaure crétois ou de chasseur d'auroch de Lascaux dans mes veines de gamin du sud-ouest?
Je n'arrive pas à le déchiffrer moi-même et j'ai si peu d'arguments pour tenter de résister à tous ceux qui me vouent aux gémonies. Je ne me sens ni barbare, ni cruel. J'ai une phobie du sang et je ne me suis jamais battu sans raison valable de toute ma vie. Pourtant j'ai applaudi un beau combat et une belle mise à mort, réclamé une ou deux oreilles pour un matador élégant et salué debout la dépouille sanglante d'un taureau courageux. Docteur, suis-je normal ?
Alors, oui peut être, la corrida va disparaître du paysage polémico-culturel français ou espagnol. Je n'irai pas manifester, m'attacher aux grilles des sublimes arènes de Nîmes pour la sauver mais je garderais à tout jamais, dans ma mémoire ensorcelée, le sourire radieux du grand Nimeno II après son triomphe d'anthologie devant six toros de Guardiola...

jeudi 22 juillet 2010

Tous voiles dehors !

Dans la touffeur de l'été caniculaire, entre affaire Bettencourt et Tour de France, presque personne n'a relevé le vote de l'Assemblée nationale interdisant le port du voile intégral, burqa afghane ou niqab arabe. Seul un court article dans Sud Ouest relate la position très isolée de Daniel Garrigue, député du Bergeracois et seul à droite à avoir voté contre ce texte qui aurait pu être consensuel...

Dans une concordance de temps et d'action, je relisais le billet que j'avais écrit, il y a un an (la burqua, voile rouge) et les positions sur ce sujet du professeur Axel Kahn dans son superbe ouvrage, "un type bien ne fait pas ça...". En 2009, j'étais tenté de croire que le débat public, le dialogue pouvait peut être résoudre ce phénomène naissant et éviter une loi qui risquait de stigmatiser une religion et une population déjà sous le feu de la critique des populistes, extrémistes et autres "istes" de la pire espèce. Depuis, j'ai lu, écouté, débattu des avis des uns et des autres, sociologues, philosophes ou citoyens lambda. Petit à petit, la loi me semblait devenir la seule issue d'une nation à court d'arguments "raisonnables" face à l'obscurantisme, la négation de la femme et un fanatisme sans issue. Ce sont même les positions de femmes portant ce linceul moyenâgeux, expliquant leur soi-disant libre arbitre et leur détermination à défendre ce choix de vie qui m'ont fait évoluer vers une contrainte légale.

Non, Monsieur Garrigue, je ne crois pas être populiste ou raciste, comme vous pouvez l'affirmer, quand j'apporte mon soutien à tous ceux, de droite comme de gauche, qui veulent une stricte égalité de le femme et de l'homme non seulement devant la loi mais aussi dans la vie et dans le respect.

Le niqab tant honni marque la toute puissance d'un sexe sur l'autre, rabaissant la femme "dénudée" au rang d'image pornographique, d'excitant sexuel, de véritable poupée gonflable pour pourceaux en rut. Je suis simplement fier de vivre dans une communauté humaine où, quand on regarde une femme, on y voit avant tout la beauté, la vie, l'amour et non le péché, la mort ou le sexe. La loi doit permettre de l'affirmer à ceux qui auraient la tentation de l'oublier sous prétexte de croyances perverties.

samedi 10 juillet 2010

On achève bien... les bacheliers

Les dernières notes ont tombées et avec elles, les ultimes larmes, les faux sourires et les rêves d'avenir universitaire... Le baccalauréat vient de rendre son verdict 2010, toutes et tous ne seront pas de ces bacheliers qu'idéalisait tant Napoléon, créateur de l'épreuve.

Mais là ne s'arrête pas le cauchemar éveillé de certains. Forts -le mot est faible- de leur dossier de réinscription pour une seconde terminale, il reviennent, un tantinet penauds, dans l'établissement qui les a présentés à l'examen. Et qu'elle n'est pas leur surprise de s'entendre dire d'une voix docte :"il vaut mieux que vous alliez dans un autre lycée... Il n'est pas bon pour vous de repasser le bac dans notre structure..."

Tartuffe ! Sors de ce corps de soi-disant pédagogue ! Dans mon autre blog, au mois de mars dernier, je m'émouvais déjà de cette absurde course au rendement pédagogique (www.jfcros.com) qui exclut les potaches difficiles ou moins doués que d'autres pour le seul bénéfice de statistiques. C'était avant le bac... Aujourd'hui, je me rends compte que certains n'assument même plus les échecs de leurs propres élèves et préfèrent les lâcher en rase campagne, sans appui ni compassion. A d'autres d'essayer de les propulser vers un avenir meilleur.

Et l'on se plaint de l'irrespect de certains jeunes ? C'est dans l'adversité que l'on voit le soldat et dans la difficulté qu'on reconnait l'éducateur. "A combattre sans péril, on triomphe sans gloire..." clamait le Comte dans le Cid de Corneille... J'ajouterais à l'attention de tous ces agents comptables de l'éducation moderne aux yeux fixés sur leurs pourcentages de réussite, qu'ils regardent "cette obscure clarté qui tombe des étoiles" pour reconnaître, avec ce bel oxymore cornélien, le diamant qui brille au cœur de chacun de ces jeunes laissés pour compte.

jeudi 8 juillet 2010

La saison des loups

Au coeur du grand hiver septentrional, une puissante harde de rennes avance à marche forcée à travers la taïga, se frayant difficilement un chemin entre les vallons escarpés et forçant malgré tout l'allure dans une couche de neige toujours plus épaisse. Conduit par un mâle vigoureux et combatif, le troupeau souffre et a bien du mal à protéger les plus faibles, jeunes de l'année ou plus vieux fatigués et usés par cette transhumance terrible. C'est la saison de loups...

Les meutes de grands fauves, arrivant de toutes parts, poursuivent la harde, taillant dans ses flancs de grandes brèches sanglantes. Longtemps solitaires et adversaires, ils se sont enfin réunis pour mieux combattre et asséner ainsi des coups mortels aux cervidés affaiblis. S'enfonçant chaque jour plus profond dans la troupe désorganisée, ils visent la tête, celui qui guide et impose ce train d'enfer. Au fur et mesure des attaques toujours plus violentes et plus percutantes, les remparts cèdent les uns après les autres, rendant vulnérable ce chef de harde que tous savent être la clef d'une débâcle espérée...

L'hiver, c'est la crise; la harde de rennes est l'UMP; les loups viennent de gauche et de droite; le mâle vigoureux est Nicolas Sarkozy et la fin de ce scénario glaçant pour les uns ou réchauffant pour les autres, reste à écrire. Mais bien avant les délais habituels d'une campagne présidentielle, les polémiques et les affaires sortent de toutes parts, visant directement la garde rapprochée du Chef de l'Etat.

Périgueux, Toulon, Lyon ou Strasbourg, autant de villes où celui qui n'était encore qu'en campagne, a avancé tant et tant d'idées nouvelles, de projets et de propositions pour changer la France qu'aujourd'hui, à l'heure des premiers bilans, des nouveaux renoncements et des trop grandes ambiguïtés, nos concitoyens deviennent très sévères à l'égard de celui qui fut pourtant souvent leur candidat. D'aucuns disent "qui aime bien, châtie bien..." Beaucoup seraient maintenant bien prêts à le châtier, pas si sûr que ce soit par amour...

samedi 19 juin 2010

Fric, sexe & fun

Je n'ai pas pu résister, malgré les torrents déjà déversés sur l'équipe de France de Football, à glisser ici ma petite pincée, pelletée ou brouettée (à vous de choisir la dose prescrite...) dans ce concert assourdissant de critiques.
Peu spécialiste du foot, j'ai pourtant vu tant de matches que je crois pouvoir émettre un avis au moins comme citoyen-spectateur. Et ce que j'ai observé et ressenti ne fait que confirmer ce que tout le monde pressentait : cette équipe n'est qu'une caricature à taille réduite de notre société en évolution.
Égoïsme, argent facile ou irrespect ont été donné en pâture à des millions de supporters qui ne demandaient qu'une chose : s'enflammer pour ce groupe qui portait les couleurs d'une nation dans le doute. Se moquant de tout et de son contraire, se croyant le nombril du monde, ils n'ont été finalement que les protubérances grimaçantes d'un corps social en déliquescence, risée saumâtre d'une planète foot si prompte à bruler ce qu'elle a adoré.
Gosses repus jusqu'à la nausée de fric, de sexe et de fun, nos joueurs n'ont fait que transposer sur le prés ce dont médias, publicitaires et sociologues nous rabattent les oreilles à longueur de journaux. TF1 peut être "heureux" d'avoir libéré ainsi des espaces de cerveaux pour Coca-Cola... Une "réussite" dont la chaine paye aussi cash les pots cassés ! Il y a finalement une justice immanente.
J'ai finalement bien ri ce matin, après avoir parcouru la une incendiaire de l'Equipe, en voyant une grande affiche d'un industriel du hamburger vantant son "Giant" avec l'image de Nicolas Anelka. "Non, monsieur Quick, pas géant !!! Tout petit, minuscule même... Une miniature repoussante de notre monde vaniteux et narcissique".

mercredi 16 juin 2010

Évidence...

La lecture, dans la Dordogne Libre de ce jour, du trop court interview avec Yves Guéna sur son 18 juin 1940, m'emmène un seul mot à l'esprit : évidence...
Mais oui, mais c'est bien sûr ! Il est tellement évident, à même pas 18 ans, de quitter précipitamment sa famille, évident de risquer sa vie, évident de se battre pour un idéal de liberté, évident d'espérer pour ne pas mourir, évident, évident, évident... Comment ne pas être confit d'admiration, de respect et d'incrédulité devant un tel courage qui confine à la témérité ?
Nous avons tous eu 18 ans ou nous les aurons bientôt. Alors essayons de nous rappeler quelles étaient nos préoccupations du moment... La patrie, que nenni... Mais les filles, certes... Notre prochain combat, que nenni... Mais la prochaine fête, certes... Partir aux fins fonds du désert se frotter avec la mort, que nenni... Mais nos vacances à Arcachon, certes... Si comme l'affirme la fameuse sentence, "les gens heureux n'ont pas d'histoire", sommes nous si heureux pour ne plus avoir à la façonner de notre âme, de notre sueur et de notre sang ?
A deux jours des commémorations officielles du 18 juin 1940, j'aimerais juste qu'un seul instant, nous nous remémorions qu'une poignée de jeunes et moins jeunes, gaullistes de la première heure, puis communistes ou simplement courageux, ont sauvé l'honneur d'une nation à genou, démobilisée à tous les sens du terme et oublieuse de son message de liberté et de fraternité. A ce moment, trop fugace certainement, nous retrouverons peut être un peu de cette évidence d'espoir, de solidarité et d'humanité.


dimanche 13 juin 2010

Jeter la première pierre...

Moral (Adj.) - 1.qui concerne les règles de conduite en usage dans une société - 2.spirituel, intellectuel et non pas matériel. Facultés morales - 3.qui concerne la morale. Moral (n.m.) - 1.état psychologique -2.ensemble des facultés morales et mentales; le caractère, l'esprit et l'âme.

Un même mot pour deux définitions qui traversent notre actualité qu'elle soit périgourdine ou nationale... De tous bords, on prie pour que le moral de nos concitoyens s'améliore et on exige aussi que la conduite de nos élites soit irréprochable. Sud Ouest ne déroge pas à la règle avec un sondage qui affirme, chiffres à l'appui, que les français sont pour la baisse du salaire des ministres. Consultation bien inutile car le résultat était plus qu'attendu. Autant demander au condamné s'il souhaite qu'on reporte sine die son exécution... Mais bon, passons, il faut bien remplir les colonnes d'un quotidien un dimanche sans grande actualité.
Au delà de l'anecdote, la réaction de mes concitoyens est bien normale, surtout en période de crise. A l'heure où partout on parle de se serrer la ceinture, de chômage ou de retraites impossibles, lire que des élus cumulent jusqu'à l'écœurement indemnités et pensions, peut susciter polémique et exaltation morale. Mais Marcel Proust n'écrivait-il pas "qu'on devient moral quand on est malheureux". Alors il ne faudrait pas non plus jeter le bébé avec l'eau du bain et asséner à la démocratie des coups dont elle aurait du mal à se remettre. Car il n'y a qu'un pas entre le moralisme de bon aloi et le populisme antiparlementaire le plus rétrograde.
Cette éthique, amarrée à notre moral comme un cargo en perdition à son remorqueur, ne doit pas être vécue à plusieurs vitesse suivant que l'on s'adresse à nos élus, nos footballeurs ou à nous même. Les incivilités routières, fiscales ou simplement sociales sont tout aussi répréhensibles que d'autres pourtant plus médiatiques et plus évidentes. Le Christ avait beau jeu de dire "que celui qui n'a jamais péché, jette la première pierre" mais ô combien raison pour affirmer ainsi que l'exemplarité vient d'en haut mais aussi de la base.
Au delà de la morale toujours un peu suspecte à mes yeux de repli sur soi, je crois profondément à la symbolique et l'exemple. Nicolas Sarkozy aurait pu éviter de fêter sa victoire au Fouquet's, Ségolène Royal de perdre plusieurs procès aux Prud'hommes et nos footballeurs de rapatrier leurs épouses en avion privé à 250.000 euros... Sans être austères ni monacaux, nous pouvons être suffisamment sages pour que nos actes soient reconnus et admis par tous. La vie devient ainsi plus simple et les mesures difficiles mais nécessaires mieux acceptées.
Dans un autre article, du JDD cette fois-ci, paru ce week-end, le gaullisme semble un courant de pensée dépassé pour une très grande majorité des français. Comme quoi, sans y réfléchir, nous exigeons aujourd'hui probité et respect mais nous oublions si vite Charles de Gaulle, celui qui avait institué cette exemplarité comme une règle intangible de vie, n'hésitant pas à payer de sa poche ses frais de président ou étant si profondément émouvant avec sa petite fille lourdement handicapée. Cet homme là, aussi "ringard" soit-il, a su pourtant réveiller la flamme d'un peuple à l'agonie et donner du courage à une poignée de jeunes fous de liberté. A la veille du soixante dixième anniversaire de l'Appel du 18 juin 1940, certes il ne reviendra pas mais son ombre tutélaire peut certainement guider les pas de ceux qui nous gouvernent et de tous ceux qui portent l'image de notre nation et de notre peuple.

lundi 31 mai 2010

Lettre à une amie dans l'erreur

Tu es née, il y a soixante cinq ans, des espérances d'un monde meurtri et traumatisé par ses terribles erreurs. Portée sur les fonds baptismaux par des colonnes de spectres sortis miraculeusement des camps de la mort et par une armée de jeunes pleins de rêves et d'idéaux, tu as du t'imposer dans ce Moyen-Orient chargé d'histoire mais peu enclin à partager ses terres immémoriales. Durant des années, tu as forcé le respect par ton courage, ta détermination à survivre malgré une adversité toujours plus affirmée. Tu as su maintenir la démocratie sur des terres qui ne connurent que tyrannie, dictature et absolutisme.
Puis, peut être à ton contact et parce que notre monde a changé, tes voisins ont baissé la garde. Ceux que tu avais chassés de leurs terres ancestrales, ont trouvé les mots, et non les armes, pour convaincre d'autres nations du bien fondé de leurs requêtes territoriales et humaines. Malgré les pressions internationales et l'inéluctable besoin de reconnaissance de ta soeur de sang et de lait, Palestine, tu t'es enfoncé dans l'erreur de croire encore dans ta toute puissance héritée de Dieu et de l'histoire du monde.
Aujourd'hui, tu viens de commettre l'irréparable en tirant sur d'autres fils d'Abraham venus apporter un peu de secours à des palestiniens soumis à ton blocus unilatéral et injuste. Malgré toute l'amitié que je te porte, tout le respect dû à l'histoire de tes pères vénérés, je ne peux te suivre dans tes errements dramatiques. Le souvenir terrible de la Shoah, ce sentiment d'encerclement et la loi du Talion comme doctrine diplomatique ne peuvent tout justifier, tout excuser. Nous sommes nombreux à t'avoir tendu la main et défendue quand la guerre risquait de te balayer mais maintenant, Israël, mon amie, ma soeur, tu te trompes et tu persiste dans ta méprise... Cela m'attriste et m'oblige à te dire que tu viens de perdre un ami. Rien n'est définitif mais il te faudra montrer bien des qualités et des dispositions nouvelles à la paix et au dialogue pour reconquérir mon coeur et mon âme...

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